L'Industrie du solaire photovoltaïque n'est pas encore mature.
Comme prévu (voir article de ce
blog), pénalisés par des surcapacités de production et des prix en chute libre, les acteurs du photovoltaïque accumulent les mauvais résultats. Selon le cabinet iSupply, près de la moitié des panneaux solaires fabriqués dans le monde cette année ne seront pas vendus.
Si le secteur de l'énergie solaire est censé participer à la relance de l'économie mondiale, le moins que l'on
puisse dire est qu'il y a encore loin de la coupe aux lèvres. La filière a connu hier une avalanche de mauvaises nouvelles. Longtemps porté aux nues par les marchés, le leader allemand des
cellules photovoltaïques, Q-Cells, a dévoilé une perte nette de près de 700 millions d'euros, le double de son
chiffre d'affaires, et annoncé la suppression de près de 20 % de ses effectifs. Son compatriote SolarWorld accuse également le coup, avec un recul de son
résultat d'exploitation de 30 % au premier semestre et une baisse de son chiffre d'affaires de 6 %.
Cette crise n'épargne pas les acteurs les plus agressifs du secteur, les fournisseurs
chinois.
Le spécialiste du silicium purifié, le groupe LDK Solar, a dévoilé aussi
une perte nette de 217 millions de dollars au deuxième trimestre, nettement supérieure aux attentes, contre un bénéfice de 148 millions de dollars
un an plus tôt. Le chinois Ja Solar, l'un des dix premiers fabricants de cellules solaires, a également vu ses revenus trimestriels chuter de
180 millions de dollars, à 88 millions de dollars sur un an.
Dans ce contexte, Barclays a abaissé sa recommandation pour l'ensemble du
secteur solaire américain de « positif » à « neutre » et conseille désormais aux investisseurs d'attendre pour rentrer sur ce marché.
Course à l'équipement
Comment expliquer une telle Bérézina ? Silicium purifié, cellules solaires, modules, panneaux… Le secteur
souffre d'un énorme problème de surcapacité à tous les niveaux de la chaîne. Selon iSupply, près de la moitié des panneaux solaires fabriqués en 2009 ne
seront pas vendus cette année. Voilà deux ans, l'ensemble des acteurs du secteur a en effet multiplié les investissements afin d'augmenter rapidement leur capacité de production et de réaliser
des économies d'échelle.
Selon l'association européenne des industries photovoltaïques, l'Epia,
plus de 4,1 milliards d'euros devaient être investis dans la fabrication de silicium entre 2008 et 2010. Même démarche en aval, où les professionnels ont dépensé l'an dernier plus
de 1,6 milliard d'euros pour augmenter leurs capacités de production de cellules et de panneaux solaires. Il s'agissait d'être le mieux placé possible pour mener une guerre des prix et
éliminer les concurrents.
Annoncée de longue date par les analystes, cette phase de surproduction s'est néanmoins avérée plus violente
que prévu. La crise économique a compliqué le financement de nombreux projets et le marché espagnol, le premier de la planète avec 3.000 mégawatts (MW) installés l'an dernier, s'est effondré.
Confronté à un développement anarchique qui dépassait de beaucoup ses prévisions initiales, Madrid a imposé à l'automne une limitation de la puissance installée chaque année à
400 MW.
Les fabricants de cellules et de panneaux solaires comme Q-Cells ou
SolarWorld ont été étranglés par ce retournement du marché. Leurs stocks ont été multipliés par deux au premier trimestre car les fournisseurs de silicium
purifié ont insisté pour que les contrats de livraison signés en 2007 et 2008 soient honorés. A cette époque, la filière souffrait d'une pénurie de silicium purifié et les fabricants de
cellules cherchaient à sécuriser leurs approvisionnements en concluant des contrats de long terme.
Pas d'amélioration avant 2011
Combien de temps ces surcapacités vont-elles durer ? Selon le cabinet DisplaySearch, la capacité de production de cellules solaires devrait encore augmenter de 56 % cette année, pour atteindre 17 GW, alors même que le
marché des panneaux photovoltaïques chutera de 17 % dans le monde. Pour la plupart des experts, les surcapacités de production ne disparaîtront pas avant 2011 ou 2012. Certes, la Chine a
annoncé en juillet un plan de soutien au secteur de 2,5 milliards de dollars. L'Etat va subventionner 50 % des projets de plus de 500 MW de capacité jusqu'en 2011. Mais pour HSBC,
l'impact de ce projet ne sera pas « assez substantiel » pour changer la donne. Les investisseurs partagent ce point de vue. L'indice Bloomberg
des valeurs solaires a chuté de plus de 58 % depuis le début de l'année, alors que les bourses mondiales connaissaient un recul limité à 17 %.
L'Allemagne, un poids lourd du secteur
L'industrie allemande de l'énergie solaire a réalisé un chiffre d'affaires de 7 milliards d'euros en
2008 . Environ 46 % de la production est destinée à l'étranger. Le secteur emploie actuellement 70.000 personnes outre-Rhin .Ce chiffre pourrait monter à 200.000 en
2020, selon les industriels du secteur.
La filière compte environ 15.000 entreprises ,dont des leaders comme Q-Cells, le premier fabricant de cellules solaires de la planète,
SolarWorld ou SMA Solar. L'énergie photovoltaïque devrait représenter 1 % de la consommation d'électricité de
l'Allemagne cette année.
-Source : Les échos et isupply -